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Colmen Trail, 500 dossards envolés : quand un trail de village verrouille sa jauge

Par Rédaction Altitude·16 avril 2026·5 min de lecture
Colmen Trail, 500 dossards envolés : quand un trail de village verrouille sa jauge

La 13e édition du trail de Morbegno, en Valteline, affiche complet 24 heures avant la clôture. Une décision assumée : fermer à 500 dossards pour ne pas dégrader l'expérience. Un choix qui tranche avec la fuite en avant de certains mastodontes.

Cinq cents dossards. Pas un de plus. À 24 heures de la clôture officielle, le Colmen Trail 2026 a fermé ses inscriptions — et personne ne s'en excuse. Dans un écosystème où la croissance est devenue un réflexe, la décision du Team Valtellina ressemble presque à un acte politique.

La 13e édition du trail morbegnois, programmée les 18 et 19 avril sur la Montagna Magica qui surplombe Morbegno, en Valteline, affiche sold out. Deux cent cinquante coureurs sur le 22 km, 250 sur le 12 km : le plafond a été atteint, et les organisateurs ont verrouillé la jauge en avance, comme le rapporte Corsa in Montagna. Côté favoris, le plateau aligne de jeunes loups italiens : Elia Mattio, Paolo Gianola, Francesco Bongio sur le format court, Lorenzo Rota Martir et Mattia Gianola sur le long, avec Alice Gaggi (Recastello – Brooks) en référence féminine.

Un guichet fermé comme manifeste

« Nous sommes très satisfaits des nombreuses adhésions, mais sur le plan organisationnel nous avons décidé de fermer à 500 participants. Ces chiffres nous permettent de maintenir nos standards », explique Giovanni Tacchini, secrétaire du Team Valtellina, dans les colonnes de Corsa in Montagna. La formulation est banale, la décision ne l'est pas.

Refuser un coureur qui veut s'inscrire, c'est refuser un ticket de caisse. Sur un trail de province, avec un modèle économique serré, c'est un choix. Le Colmen Trail aurait pu pousser à 600, 700 dossards — il en existe pléthore d'exemples en Italie du Nord, où les petites courses communales ont gonflé au rythme du boom post-pandémie. Morbegno dit non. Le message envoyé est simple : la qualité tient à la taille, et la taille n'est pas un paramètre élastique.

500 coureurs, la bonne mesure d'un terrain

Pourquoi 500 ? Parce que le terrain l'impose. La Montagna Magica, ce surnom local du massif qui domine la Valteline depuis la rive droite de l'Adda, n'est pas une autoroute forestière. Les sentiers qui mènent aux crêtes du Colmen de Dazio sont étroits, techniques, parfois exposés. Multiplier les dossards, c'est multiplier les bouchons sur les singles, allonger les files à la montée, dégrader le chrono des coureurs intermédiaires.

Sur 22 km, la physionomie de course se joue dans les trente premières minutes. Si le peloton est trop dense, la sélection devient artificielle : ce n'est plus la pente qui décide, c'est le dépassement. Les organisateurs l'ont visiblement intégré. Deux départs décalés — 9h30 pour le 22 km, 9h50 pour le 12 km, selon le programme publié par Corsa in Montagna — confirment l'obsession du flux maîtrisé.

Le contraste saisissant avec l'économie UTMB

Il faut mettre ces 500 dossards en perspective. L'UTMB Mont-Blanc, dans sa semaine, rassemble plus de 10 000 coureurs toutes distances confondues. La Diagonale des Fous, à La Réunion, dépasse régulièrement les 2 800 partants sur le format long. Même des courses régionales françaises comme l'Ergysport Trail du Ventoux ou la SaintéLyon dépassent allègrement le millier de dossards.

Le Colmen Trail joue dans une autre ligue — ou plutôt, refuse la logique des ligues. À l'échelle du trail italien, il s'inscrit dans une tradition qui résiste : celle des corse in montagna organisées par les clubs locaux, où le budget tient sur un coin de table, où la pasta party se négocie avec le restaurateur du coin, et où le prestige d'une victoire se mesure au nombre de coureurs du village qui terminent sur le podium. Chamonix vend un produit global. Morbegno vend un terrain.

Le plateau : la pépinière italienne en ordre de bataille

Ne vous fiez pas à la taille modeste de l'épreuve : le niveau sportif, lui, est dense. Sur le 12 km, Corsa in Montagna cite Elia Mattio (Podistica Valle Varaita – New Balance), vainqueur en 2025 sur l'ancien format 16 km, face à Paolo Gianola (Us Malonno – Scarpa) et au local Francesco Bongio (Gs Orobie – Nnormal). Trois équipementiers de référence, trois jeunes profils, un duel générationnel entre écoles lombardes et piémontaises.

Au féminin sur la distance courte, Beatrice Bianchi (Recastello – Salomon) revient défendre son titre. Sur le 22 km, le duel annoncé entre Lorenzo Rota Martir (Us Malonno – La Sportiva) et Mattia Gianola (Ssd Lab4you – Scott) promet un bras de fer technique. Alice Gaggi, la figure locale sous maillot Recastello – Brooks, tentera de confirmer sur cette nouvelle distance de 22 km, avec sa coéquipière Sveva Della Pedrina et Arianna Oregioni (Gp Santi) comme outsiders identifiées par Corsa in Montagna.

Ce que révèle cette liste, c'est la profondeur du vivier italien sur les formats courts et montagnards. Là où la France a tendance à tout ramener à l'ultra, l'Italie continue de faire vivre une filière skyrunning et corsa in montagna où les 20-25 km techniques constituent l'épine dorsale du calendrier.

Polo Fieristico, QG pragmatique

Côté logistique, le Polo Fieristico de Morbegno concentre départ, arrivée, secrétariat et déjeuner. Un choix fonctionnel. Les premiers arrivants du 12 km sont attendus à 10h40, ceux du 22 km à 11h15, pour un déjeuner à midi et des récompenses à 14h30. Soit une journée de course bouclée avant le goûter. On est loin des grands-messes de 46 heures chronométrées : ici, le coureur rentre chez lui le dimanche soir, la course ne cannibalise pas le week-end.

Ce compactage temporel, qui ressemble presque à une épreuve d'athlétisme, reste l'une des forces discrètes du trail court italien. Un format que la France gagnerait à défendre avec plus de conviction, à l'heure où le moindre 30 km se vit comme une expédition.

Ce que Morbegno dit de l'état du trail

L'épisode Colmen est minuscule à l'échelle du calendrier international. Mais il vaut comme symptôme. En 2026, la question n'est plus comment grossir mais comment tenir. Tenir la qualité d'un tracé. Tenir la promesse d'une expérience. Tenir une identité locale contre la franchise globale.

Refuser 100 dossards supplémentaires, c'est refuser 5 000 euros de recettes — peut-être davantage. Le Team Valtellina l'assume, et c'est précisément cette économie modeste qui fait la valeur de ces rendez-vous. Le trail français, obsédé par la jauge, par le label, par l'extension de marque, ferait bien de regarder vers la Valteline. Tout n'a pas besoin de grossir. Certaines courses gagnent, au contraire, à savoir se tenir à leur mesure. Sold out à 500 : ce n'est pas un échec commercial, c'est une ligne éditoriale.

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