Colmen Trail 2026 : Gaggi et Rota Martir dominent la montagne magique de Morbegno

Plus de 500 coureurs ont pris d'assaut les sentiers de la Colmen pour la 13e édition. Alice Gaggi et Lorenzo Rota Martir s'imposent sur la CT22, tandis que la jeunesse rayonne sur le format court.
Treize éditions et la même équation qui se vérifie : quand Alice Gaggi court chez elle, le reste du plateau féminin joue pour la deuxième place. Quand Lorenzo Rota Martir trouve ses marques dès les premiers hectomètres, la CT22 se transforme en contre-la-montre à un coureur. La Colmen Trail 2026 n'a pas dérogé à sa grammaire.
Orchestrée par le Team Valtellina au-dessus de Morbegno, la treizième édition de la Colmen Trail a réuni plus de 500 coureurs sur deux formats, 22 km et 1 320 m D+ pour la CT22, 12 km et 600 m D+ pour la CT12. Comme le rapporte Corsa in Montagna, Lorenzo Rota Martir (US Malonno – La Sportiva) s'est imposé en 1h50'58", Alice Gaggi (Recastello – Brooks) en 2h15'46". Travaux à la Colonia Fluviale obligent, départ et arrivée ont été déplacés au Polo Fieristico. La montagne, elle, n'a pas bougé. Les hiérarchies non plus.
Rota Martir, la victoire annoncée qui s'exécute
Il y a deux façons de gagner une course quand on part favori. La première consiste à laisser venir, à répondre aux attaques, à placer le coup décisif dans le dernier tiers. La seconde, bien plus rare, revient à tuer le suspense dès la sortie du sas. Lorenzo Rota Martir a choisi la seconde.

D'après Corsa in Montagna, le coureur de l'US Malonno a imposé son tempo dès les premiers hectomètres de la CT22 et n'a plus jamais été inquiété. Son chrono final, 1h50'58" sur 22 km et 1 320 m de D+, traduit une moyenne d'environ 60 mètres de dénivelé avalés par kilomètre à plus de 12 km/h projetée — un rythme qui situe l'épreuve quelque part entre le trail court et la course en montagne pure, registre où Rota Martir s'exprime sans rival à l'échelle régionale.
Derrière, la vraie course s'est jouée pour les accessits. Matteo Porro (GSA Cometa) a basculé deuxième au sommet, fidèle à son style d'attaquant en montée. Mais Mattia Gianola (Lab4You – Scott), excellent descendeur, a patiemment recousu l'écart avant de le doubler dans le retour sur Morbegno. Verdict : Gianola 1h56'29", Porro 1h56'34". Cinq secondes. L'équivalent d'un virage mal négocié, d'un appui hésitant, d'une trajectoire pas optimale dans les derniers lacets.
Alice Gaggi, prophète en son pays
Gagner à domicile est un classique du récit sportif. Gagner avec autant de marge dans le département d'à côté de celui où l'on vit et où l'on s'entraîne en est un autre. Alice Gaggi a réglé l'affaire selon les standards qu'on lui connaît : dès la première ascension, celle des Torchi Bianchi, elle était devant. Au sommet de la Colmen, l'écart était déjà tel que la course se jouait sans elle.
Son 2h15'46" relégue sa coéquipière de Recastello, Sveva Della Pedrina, à 11'21" (2h27'07"). Sara Pini (CSI Tirano) complète le podium en 2h30'17". Onze minutes sur 22 kilomètres, c'est l'écart qu'on trouve habituellement entre la gagnante d'un UTMB et la dixième de la générale, pas entre une favorite et sa dauphine sur une course régionale de deux heures. La donnée est brute et parle seule : Gaggi a couru à un niveau qui n'était pas celui du reste du plateau.
Corsa in Montagna souligne l'ancrage particulier de cette victoire, obtenue sur des sentiers que la Lombarde connaît par cœur. On y lit, en creux, la différence entre un palmarès construit sur des terrains anonymes et une victoire-signature sur un monument local. Pour Gaggi, la Colmen appartient à la seconde catégorie.

La CT12, laboratoire des relèves
Si la CT22 a confirmé les favoris, la CT12 a raconté autre chose. Ici, 12 km et 600 m de D+ : un format court, nerveux, qui récompense la puissance spécifique plutôt que la gestion. Et trois noms jeunes qui ont pris la lumière.
Elia Mattio (Pod. Valle Varaita) a attaqué d'entrée dans la montée vers Porcido, décrochant Francesco Bongio et Paolo Gianola dans la seule section qui comptait vraiment, selon le récit de Corsa in Montagna. Les positions ont ensuite été gelées jusqu'à l'arrivée : Mattio en 54'28", Bongio (GS Orobie – Nnormal) en 55'00", Gianola (US Malonno – Team Scarpa Youth) en 55'46". Trente-deux secondes entre les deux premiers, un peu plus d'une minute et demie entre le premier et le troisième. Des écarts qui disent l'âpreté de la lutte sur un format qui ne laisse aucune place à l'erreur tactique.
La présence de sponsors techniques — Nnormal, Scott, Scarpa Youth, La Sportiva, Brooks, Salomon — sur presque tous les podiums de la journée en dit long sur la profondeur du vivier italien de la course en montagne. Ce n'est pas un hasard si l'Italie truste les podiums Skyrunner World Series depuis une décennie : le maillage d'épreuves régionales comme la Colmen constitue la base de la pyramide.
Bianchi, la démonstration dans la démonstration
Chez les femmes de la CT12, le scénario a basculé dans la caricature. Beatrice Bianchi (Recastello – Salomon) a pris la tête sur la portion plate initiale et n'a plus été vue. Son chrono : 1h03'12". Celui de sa dauphine Monica Vagni (Angolo Mountain Running) : 1h10'58". Près de huit minutes d'écart sur 12 kilomètres. En pourcentage, Bianchi a couru environ 12 % plus vite que sa première poursuivante — une marge qui, transposée sur un marathon, équivaudrait à une heure de différence.
Chiara Finzi (Polisportiva Albosaggia, 1h15'05") boucle le podium. Que deux coureuses Recastello raflent la victoire sur les deux formats — Gaggi sur la CT22, Bianchi sur la CT12 — confirme que le club lombard est, à l'échelle italienne, l'une des structures qui comptent sur la course en montagne féminine.
Ce que la Colmen dit du trail italien
Les grandes messes internationales du trail — UTMB, Hardrock, Western States — absorbent l'essentiel de l'attention médiatique. Elles cachent parfois l'arbre qui pousse : un tissu d'épreuves régionales de deux heures, cinq cents dossards, budget modeste, bénévoles motivés, qui constitue le véritable écosystème de la pratique.
La Colmen Trail en est un exemple presque manuel. Tracés techniques et lisibles, ancrage territorial revendiqué, patronage municipal, réseau de sponsors locaux, format double qui accueille aussi bien les élites que les pratiquants du dimanche. Corsa in Montagna insiste sur la capacité de l'organisation à s'adapter — déplacement du départ, repas convivial au Polo Fieristico — sans rien perdre de son identité.
C'est là, peut-être, que se joue la vraie résilience du trail. Pas dans les gigantismes médiatiques de fin d'été chamoniards, mais dans ces treizièmes éditions qui tiennent la corde, saison après saison, parce qu'une communauté décide qu'elles doivent tenir. La Colmen 2026 n'a rien révolutionné. Elle a fait mieux : elle a duré. Dans un paysage où les épreuves naissent et meurent au rythme des cycles de financement, c'est la performance la plus sous-cotée du week-end.
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