Coup d'envoi au Portugal : la Coupe du monde de course en montagne 2026 s'ouvre avec la São Brás Cross

Dimanche, la Serra de Montemuro donne le la d'une saison historique. Seize courses, dix pays, quatre continents : la WMRA Mountain Running World Cup 2026 s'annonce comme la plus dense jamais organisée.
Seize courses, dix pays, quatre continents. La Coupe du monde de course en montagne 2026 s'annonce comme la saison la plus dense jamais alignée par la WMRA et c'est un village du centre du Portugal qui va l'ouvrir dimanche. Pas Chamonix, pas Innsbruck, pas Sierre. Castro Daire.
La São Brás Cross, 19ᵉ édition, donne le coup d'envoi de la Mountain Running World Cup dimanche depuis le village de Granja, dans la Serra de Montemuro. Un tracé Classic Up & Down de 10,9 km pour 628 mètres de dénivelé positif, selon les données rapportées par Corsa in Montagna. Chez les femmes, la Britannique Scout Adkin remet son titre en jeu face à un peloton européen et kényan resserré. Chez les hommes, le Kényan Michael Selelo Saoli fait figure de favori. Première des cinq manches Classic Up & Down du calendrier, la course sert de baromètre à une saison qui ira jusqu'en Chine.
Une Coupe du monde qui change d'échelle
La WMRA affiche ses ambitions : seize rendez-vous répartis sur quatre continents, du Portugal à la Chine en passant par l'Autriche, la Suisse, l'Italie, la Pologne, l'Espagne, l'Amérique du Nord et le Canada. Corsa in Montagna parle de la saison la plus spectaculaire en vingt-sept ans d'histoire du circuit. Le mot n'est pas galvaudé.

Trois formats coexistent dans un même classement général : Uphill (3 à 9 km), Classic Up & Down (10 à 21 km), Long Mountain (22 à 50 km). Chaque épreuve pèse du même poids au général et un titre spécialisé récompense le meilleur de chaque catégorie. La WMRA, mandatée par World Athletics, impose des contrôles antidopage systématiques sur chaque manche. Une rigueur qui manque cruellement à une partie du trail longue distance et qui rappelle que la course en montagne reste, administrativement, un sport adossé à la fédération internationale d'athlétisme.
La juxtaposition des formats pose une question éditoriale rarement formulée : la course en montagne doit-elle encore se penser comme une discipline unifiée ? Un spécialiste de la montée sèche de 5 km et un coureur de 45 km vallonnés ne partagent plus grand-chose, sinon le sigle WMRA. En gardant les trois familles sous le même classement, la fédération parie sur la polyvalence. C'est un pari.
Pourquoi le Portugal et pourquoi maintenant
Castro Daire n'a rien d'un choix neutre. La São Brás Cross fête sa 19ᵉ édition. Un événement porté localement, ancré dans la Serra de Montemuro et jusqu'ici connu des seuls initiés de la scène ibérique. Son intronisation dans le calendrier mondial n'est pas un accident : Corsa in Montagna souligne que la Turismo Centro de Portugal devient, via son programme « Move Centro de Portugal – The Sports Region », sponsor officiel de la catégorie Classic Up & Down pour 2026.
Autrement dit, une région touristique investit pour placer son terrain sur la carte internationale du running. Le schéma est désormais connu — Innsbruck, Zermatt, Chamonix l'ont écrit avant — mais sa répétition sur un terrain portugais, loin de l'axe alpin historique, dit quelque chose de la géographie du sport. La course en montagne quitte les Alpes pour aller chercher du granite atlantique, des landes balayées par le vent, des vallées boisées peu familières du grand public. Décentralisation assumée.
Comparaison utile : l'UTMB Group, avec son World Series, a quadrillé le globe en moins de dix ans. La WMRA suit une logique parallèle avec des moyens moindres, mais une légitimité sportive plus ancienne. Le rapport de forces entre les deux écosystèmes, dans les prochaines saisons, sera l'un des feuilletons de fond du trail international.

Un tracé qui ne pardonne rien
10,9 km et 628 m D+, sur le papier, c'est une distance accessible. Dans les faits, c'est un exercice de vérité. Corsa in Montagna décrit un parcours ponctué de trois raidillons courts, d'une ascension majeure vers le 3ᵉ kilomètre, puis d'une longue descente entre le 4ᵉ et le 6ᵉ kilomètre, avant un final en montée.
Pour situer : 628 m D+ sur un peu moins de 11 km, c'est une pente moyenne cumulée proche de 6 %, avec des rampes nettement plus raides sur les secteurs clés. On est loin d'un kilomètre vertical, très loin d'un format long, pile dans la zone où la puissance aérobie pure et la maîtrise technique en descente décident tout. La descente du milieu, sur granite, va probablement faire plus de dégâts que la montée centrale. Classique du format Up & Down : celui qui gagne en montée et perd en descente ne gagne pas grand-chose.
Pour un début de saison, le profil est redoutable. Personne ne se cache sur 10 km. L'hiver se lit immédiatement dans les jambes.
Scout Adkin, Saoli et un plateau en mode finale
La start-list rapportée par Corsa in Montagna a déjà un parfum d'épreuve majeure. Chez les femmes, Scout Adkin, tenante du titre de la Coupe du monde, part favorite logique. Derrière, un peloton international : la Française Nélie Clément, la Kényane Ruth Mwihaki Gitonga, les Italiennes Benedetta Broggi et Camilla Magliano, la Française Marie Nivet, la Britannique Elle Twentyman. Trois nations se partagent les outsiders sérieuses — un plateau rare pour une ouverture de saison.
Chez les hommes, Michael Selelo Saoli incarne l'école kényane qui s'est peu à peu imposée sur ce type de format, où la vitesse de base fait la différence sur les sections roulantes. Face à lui, la vieille Europe aligne l'Italien Alberto Vender, le Nord-Irlandais Zak Hanna, le Français Théodore Klein, les Britanniques Matthew Knowles, Thomas Hilton et Andrew Douglas. Le Portugais Marcelo Gonçalves courra devant son public — un avantage émotionnel rarement négligeable sur des tracés aussi courts, où une minute d'hésitation ne se rattrape pas.
Ce que cette liste raconte : la course en montagne reste un sport dominé par une triangulation Grande-Bretagne, Italie, Kenya, avec une France qui a enfin cessé d'être une nation de second rideau sur les formats courts.
Ce que la saison 2026 va vraiment raconter
Dimanche ne règle rien. Sur seize manches, la São Brás Cross vaut une ouverture : elle installera des hiérarchies, révélera les formes du printemps, mais ne sacrera personne. Les coureurs intelligents le savent — il faut finir dans le top, pas nécessairement gagner.
Ce qui se joue derrière est plus large. La WMRA tente une chose difficile : exister médiatiquement dans un écosystème dominé par l'UTMB et ses séries privées. Son atout, c'est le cadre réglementaire — antidopage systématique, affiliation World Athletics, équité sportive. Son handicap, c'est la lisibilité : trois formats, seize courses, un classement mixte, ça demande un effort de lecture que peu de médias généralistes fourniront.
L'enjeu éditorial de la saison est là. Si la World Cup 2026 réussit à imposer un récit continu, de Castro Daire à la manche chinoise, la discipline aura fait un bond. Si elle reste une juxtaposition de rendez-vous disputés par les mêmes quarante coureurs, elle restera dans sa niche. Le granite portugais, dimanche, servira à mesurer cette ambition. Rien d'autre, mais déjà beaucoup.
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