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Ski-alpinisme aux JO : Cortina 2026, le grand saut olympique et les espoirs espagnols

Par Rédaction Altitude·2 avril 2026·6 min de lecture
Ski-alpinisme aux JO : Cortina 2026, le grand saut olympique et les espoirs espagnols

Le skimo entre dans l'histoire olympique à Cortina 2026. Tour d'horizon des formats, des favoris et des chances espagnoles sur une discipline cousine du trail.

Le ski-alpinisme entre aux Jeux par la grande porte et il y entre par l'Italie. À Cortina d'Ampezzo, en février 2026, une discipline née de la nécessité montagnarde va devoir prouver qu'elle tient debout sous les projecteurs du CIO. Ce n'est pas qu'un symbole. C'est un test.

Trois formats au programme — sprint, individuel, relais mixte —, une semaine de compétition calée sur la seconde partie des Jeux et un plateau international déjà balisé par les circuits ISMF. Le Suisse Rémi Bonnet arrive en favori de l'individuel, auréolé, rappelle Trail Running Spain, d'un titre européen récent en vertical race décroché à Flaine. L'Autrichienne Sarah Dreier s'impose comme l'une des prétendantes les plus solides côté féminin. L'Espagne, elle, mise sur un collectif jeune et sur sa pépite Laia Selles, triple championne d'Europe U18, trop juste pour viser l'or mais déjà cotée.

La reconnaissance d'une discipline longtemps tenue en marge

Le ski-alpinisme n'est pas un sport nouveau. Il précède même, historiquement, la plupart des disciplines de neige reconnues aujourd'hui : avant d'être chronométré, il était un mode de déplacement, une façon pragmatique de franchir les cols. Ce qui change à Cortina, c'est le statut. Le skimo passe du circuit initié — Pierra Menta, Patrouille des Glaciers, Mezzalama — à la vitrine mondiale absolue. Le CIO a fini par céder face à un argument imparable : il fallait un sport d'endurance verticale dans un programme olympique saturé de glisse pure.

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Cette entrée est aussi une respiration pour la grande famille montagne. Le trail running, lui, attend toujours son moment. L'ISF et l'ITRA négocient, les critères d'éligibilité olympique se durcissent. Voir le skimo franchir la ligne avant le trail n'est pas qu'une curiosité administrative. C'est la démonstration qu'une discipline verticale peut convaincre Lausanne — et un signal envoyé aux fédérations de trail sur ce qu'il reste à structurer.

Trois formats, trois économies sportives distinctes

Le sprint est l'épreuve télé. Moins de trois minutes d'effort total au plus haut niveau, un parcours compact mêlant montée peaux aux skis, portage, transition éclair, descente technique. Trail Running Spain souligne qu'il s'agit du format le plus accessible au public néophyte — formulation prudente pour dire : c'est celui qui passera à 20 h sur les chaînes généralistes. La moindre erreur de manipulation de peau s'y paie cash. À cette échelle de temps, le skimo ressemble davantage à un 400 m haies qu'à un effort de montagne.

L'individuel, lui, est la discipline reine. Plusieurs montées, plusieurs descentes, crampons, portage, effort calibré entre 1 h 20 et 1 h 40 pour les meilleurs hommes. C'est le format qui parle aux traileurs : gestion d'allure, lecture du parcours, capacité à encaisser des transitions violentes. Pour donner une échelle, un individuel de haut niveau représente environ la durée d'un semi-marathon élite — sauf que la dépense énergétique par minute y est sans commune mesure et que la concentration technique sur les descentes ne laisse aucune marge.

Le relais mixte complète le triptyque : deux hommes, deux femmes par nation, passages de témoin chronométrés. Format stratégique, format à surprises, format où une erreur humaine pèse plus que l'écart physiologique.

Rémi Bonnet, favori logique d'un plateau étroit

Il y a un problème, pour les concurrents de Rémi Bonnet. Le Suisse n'a pas de saison morte. L'été, il trône sur les vertical kilomètres. L'hiver, il domine la vertical race. Son titre européen de Flaine, mentionné par Trail Running Spain, n'a fait que confirmer ce que le circuit ISMF observait : Bonnet arrive à Cortina avec une forme de plénitude athlétique. Sur l'individuel, il est dans le cercle très étroit des prétendants au titre. Sur le sprint, la donne change : la technicité pure de la transition donne un avantage aux spécialistes.

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Côté féminin, le plateau est plus ouvert. Sarah Dreier a posé ses cartes en remportant, elle aussi, un titre continental récent en vertical race, rapporte Trail Running Spain. Les Italiennes joueront gros à domicile, portées par une tradition qui remonte aux années 1980. Les Françaises, les Suisses, les Suédoises complèteront un plateau dense. À ce niveau, l'écart entre la cinquième et la vingtième mondiale se mesure parfois en secondes.

Un mot sur la relève : Trail Running Spain mentionne notamment la Norvégienne Ida Waldal, déjà dominante chez les U20. Cortina 2026 sera pour les seniors, mais Milano-Cortina aura ouvert la porte à une génération dont Pékin 2030 ou les Jeux suivants verront les sommets.

L'Espagne : une fédération qui joue gros

L'Espagne n'arrive pas en outsider naïve. Le pays compte une génération de montagnards formés aux Pyrénées, rompus au circuit ISMF et une fédération qui, selon Trail Running Spain, a clairement affiché son ambition : ne pas seulement exister à Cortina, mais marquer les esprits.

Le calcul espagnol est lisible. Le sprint et le relais mixte, où un grain de sable rebat les cartes, offrent les meilleures fenêtres de tir pour un exploit ponctuel. Sur l'individuel, la concurrence des nations alpines — Suisse, Italie, France, Autriche — est autrement plus dense. La Roja vise le top 10 à plusieurs reprises, avec des échappées possibles vers le podium sur les formats courts.

Le véritable enjeu n'est pas la médaille. Il est industriel. Un bon résultat olympique, c'est un appel d'air sur les licences, les sponsors, les budgets fédéraux, les collectivités pyrénéennes qui financent les pistes et les compétitions. La Fédération espagnole sait que l'effet Jeux se mesure moins sur le podium que dans les inscriptions de clubs douze mois plus tard. Pour Laia Selles, trop jeune pour être favorite, Cortina est une rampe de lancement calibrée pour 2030.

Ce que Cortina dit de l'écosystème montagne

Voici ce qui dérange, ou plutôt ce qui devrait interroger. Le trail running, discipline qui pèse aujourd'hui économiquement — UTMB Group, circuits mondiaux, dossards à 400 euros — reste hors du périmètre olympique. Le skimo, lui, entre avec une communauté plus restreinte mais mieux structurée autour de sa fédération internationale. La leçon est simple : le CIO préfère les sports dont la gouvernance est centralisée et lisible. Le trail, éclaté entre plusieurs labels concurrents, n'a pas encore trouvé cette cohérence.

Reste l'essentiel. Le skimo et le trail partagent des athlètes, des physiologies, des terrains, parfois des calendriers. Les passerelles existent : Kilian Jornet, Rémi Bonnet, Nadir Maguet, tant d'autres sont passés d'un univers à l'autre sans transition culturelle. Cortina 2026 exposera la montagne aérobie à une audience qui, jusqu'ici, n'avait vu en elle qu'un décor de carte postale. Chaque jeune spectateur captivé par un sprint skimo est un traileur potentiel. Chaque médaille change la conversation dans les mairies de vallée qui décident, ou pas, de financer leurs parcours verticaux. L'entrée olympique du ski-alpinisme n'est pas un point d'arrivée. C'est un levier et il faudra vérifier, dans cinq ans, si la famille montagne a su le manœuvrer.

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