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Kim Collison, roi de la Spine Race : la rédemption au bout de 82 heures

Par Rédaction Altitude·30 mars 2026·5 min de lecture
Kim Collison, roi de la Spine Race : la rédemption au bout de 82 heures

Quatre ans après ses tentatives contrariées, le Britannique s'impose sur la Montane Winter Spine Race en 82h46, signant le troisième meilleur temps de l'histoire de cette épreuve hivernale mythique.

Quatre hivers de défaites, une victoire. Kim Collison a franchi la ligne de Kirk Yetholm en 82 heures et 46 minutes et cette performance dit quelque chose de plus profond qu'un simple chrono : elle raconte comment on domestique une course qui, pendant des années, vous a refusé l'entrée.

Le Britannique a remporté l'édition 2025 de la Montane Winter Spine Race, selon Ultra Runner Magazine, en signant le troisième meilleur temps jamais enregistré sur cette traversée hivernale de 268 miles — environ 431 kilomètres — le long de la Pennine Way, d'Edale dans le Derbyshire jusqu'à la frontière écossaise. Une course réputée comme l'une des plus brutales de la planète, où les concurrents portent leur matériel sur le dos et progressent pendant des jours dans le froid, la nuit, la tourbe gelée. Collison s'y était cassé les dents quatre fois.

Une course qui ne ressemble à aucune autre

Il faut d'abord dire ce que la Spine n'est pas. Ce n'est pas l'UTMB et ses 2 700 coureurs en file indienne sous les projecteurs. Ce n'est pas Hardrock et ses altitudes sèches du Colorado. Ce n'est pas non plus une classique estivale où l'on court léger, ravitaillé tous les dix kilomètres.

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La Spine, c'est janvier. C'est la colonne vertébrale de l'Angleterre parcourue sur près de 431 kilomètres alors que les jours sont les plus courts de l'année. Les tourbières sont gorgées d'eau glacée ou prises dans le gel, le vent balaye les moors, la neige transforme les Cheviot Hills finales en piège. On bivouaque peu, on dort encore moins, on avance pendant trois, quatre, parfois cinq jours dans un état de privation sensorielle et physique que très peu d'épreuves au monde imposent.

Pour fixer l'échelle : 431 kilomètres, c'est plus de dix marathons d'affilée. En plein hiver britannique. Avec son sac à dos. Voilà le décor.

Le sillon creusé par les abandons

Collison n'est pas un découvreur. Ultra Runner Magazine rappelle son statut de référence du fell running, cette discipline insulaire où l'on grimpe et descend les reliefs escarpés du Lake District avec une économie de mouvement qui frise la transe. Son Lakeland 24-Hour Record, posé en 2020 — plus de 125 kilomètres et 12 500 mètres de dénivelé positif en une seule rotation horaire —, suffirait à asseoir une carrière.

12 500 mètres de D+ en 24 heures, pour se donner une idée, c'est l'équivalent cumulé d'environ un Everest et demi depuis le niveau de la mer. En une journée. Sur ses jambes.

Mais la Spine, c'est un autre exercice. Un exercice de durée, de nuit, de solitude, de lucidité dégradée. Collison l'avait tentée, préparée, rêvée. Quatre fois, sans parvenir à faire converger forme, météo et chance. Chaque abandon creuse un sillon : la Spine, d'objectif sportif, devient obsession intime. Revenir au départ d'Edale une cinquième fois suppose d'accepter que l'échec précédent ne vous définisse pas.

82h46 : la hiérarchie d'une épreuve rare

Troisième chrono all-time. L'information, rapportée par Ultra Runner Magazine, place Collison dans un club verrouillé. Le record absolu de l'épreuve appartient à l'Américain John Kelly, qui avait abaissé la barre autour de 72 heures en 2022 lors d'une édition particulièrement favorable. Peu de coureurs approchent cette marque. Descendre sous 83 heures, c'est déjà entrer dans une aristocratie de la Pennine.

Ce qui distingue un vainqueur de la Spine d'un finisher rapide, ce sont les micro-décisions. Combien de temps dormir à la base de vie de Hawes ? Faut-il s'arrêter pour soigner les pieds à Middleton, ou tenir jusqu'à Alston au risque de la blessure ? Quand manger alors que l'estomac refuse tout ? Une course de ce format se joue sur une centaine d'arbitrages minuscules, exécutés dans un brouillard neurologique que seule l'ultra-endurance produit. Collison, visiblement, a arbitré juste.

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La Spine comme laboratoire mental

Il y a, dans cette victoire, une dimension que la course de 100 kilomètres estivale ne permet presque plus de voir. L'ultra moderne s'est industrialisé : plans d'entraînement optimisés, coachs en nutrition, lactate tests, pacers, ravitaillements pléthoriques. La Spine résiste. Elle reste une épreuve où la préparation logistique et matérielle ne compense pas le déficit mental. On peut arriver en pleine forme et abandonner à 80 kilomètres parce que la tête a lâché dans la nuit de Bleaklow.

Quatre tentatives, c'est long. Il faut, entre chaque édition, reconstruire une confiance ébréchée, retourner s'entraîner sur les fells en plein hiver, accepter que le risque du cinquième échec est bien réel. Beaucoup de coureurs d'excellent niveau n'ont pas cette endurance-là. Ils pivotent vers des objectifs plus rentables, des courses où l'on gagne une médaille plus sûrement.

Collison a choisi l'inverse. Il a fait de la Spine sa colonne vertébrale saisonnière, au sens propre. Et c'est cette cohérence obstinée, plutôt que le talent brut, qui signe sa victoire 2025.

Une génération britannique qui s'assume sur l'ultra long

Le contexte compte. Depuis cinq ou six ans, le Royaume-Uni a cessé d'être un fournisseur de fell runners spécialisés pour devenir une vraie puissance de l'ultra-endurance longue. John Kelly, Damian Hall, Jasmin Paris — première femme à remporter la Spine en scratch en 2019, première finisher de la Barkley en 2024 — ont ouvert un chemin. Collison s'y inscrit.

Ce n'est pas anodin. La scène ultra internationale reste souvent lue à travers le prisme alpin (UTMB) ou nord-américain (Western States, Hardrock). La Spine, elle, propose un autre paradigme : l'autonomie, le long, l'hiver, l'intérieur. Une école différente, plus proche dans l'esprit de la Barkley que de CCC. Et cette école produit des champions.

Ultra Runner Magazine insiste sur la transition de Collison, du fell running pur vers l'ultra-endurance de très longue durée. C'est la trajectoire logique d'un coureur qui a épuisé ce que la distance courte mais intense pouvait lui offrir et qui cherche désormais à éprouver ses limites sur des fenêtres temporelles que la physiologie seule ne suffit plus à expliquer.

Ce que l'hiver 2025 vient de rappeler

La victoire de Kim Collison tombe à un moment où le trail mondial s'interroge sur sa propre trajectoire : spectacularisation, professionnalisation, contrats d'équipementiers, plateaux élites toujours plus denses. La Spine Race, elle, continue de proposer quelque chose que le circuit UTMB World Series ne peut structurellement pas offrir : une épreuve où le coureur est seul avec son matériel, sa nuit, sa fatigue, sans storytelling en direct ni GPS tracker transformé en téléréalité.

Que le vainqueur 2025 soit un homme qui a échoué quatre fois avant de réussir n'est pas un détail. C'est un rappel. L'ultra-endurance reste, quand on gratte le vernis médiatique, une discipline où le temps long — celui des saisons qui s'accumulent, des apprentissages qui décantent, des défaites qui nourrissent — prime sur le talent pur. Collison l'a démontré à 82h46 près. Le message mérite d'être entendu au-delà de la Pennine Way.

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